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Les deux géants des télécommunications ont admis ce vendredi être en pourparlers pour une éventuelle fusion de leurs activités.Pour couper court aux rumeurs qui commençaient à circuler, Alcatel et Lucent ont publié une brève déclaration commune reconnaissant lexistence de discussions en vue dune éventuelle fusion « entre égaux » et « au prix du marché ». Dici à la fin de ces consultations, les deux entreprises se refusent à tout autre commentaire. Ce nest pas la première fois que les deux équipementiers télécoms envisagent un tel rapprochement puisquun éventuel rachat amical de Lucent par Alcatel avait été envisagé en 2001. A lépoque les discussions avaient achoppé sur le poids respectif des deux entreprises dans le nouvel ensemble, ce qui explique peut-être laccent mis dès la première communication commune sur légalité des rôles de chacun. Certains commentateurs envisagent dailleurs une prédominance française dans le capital avec un management confié aux Américains, un arrangement qui pourrait satisfaire les deux parties. Mais les aspects managériaux et financiers ne sont pas les seuls, car la naissance dun géant transatlantique des télécoms soulève également des enjeux politiques. En France comme aux Etats-Unis, une partie du développement qui est fait dans ces entreprises est en effet très proche des marchés publics, et en particulier militaires. « La question qui va devoir être réglée est de savoir si ces pays considèrent comme un enjeu stratégique de conserver un constructeur déquipement télécoms national », estime Jean-Charles Doineau, senior analyst chez Ovum. Lucent est ainsi bâti sur lhéritage des Bell Labs, fondés en 1925, proches de larmée américaine et parmi les plus prestigieux laboratoires de recherche au monde. Couronnés par onze prix Nobel, les Bell Labs ont été à lorigine du cinéma parlant, du transistor, du rayon laser, du système Unix ou du langage C. Cest donc un pan entier de lhistoire de la technologie et de leur histoire tout court que les Etats-Unis pourraient chercher à sauvegarder. Dans le cas où la fusion irait à son terme, le nouvel ensemble pèserait en tout cas très lourd : Alcatel a réalisé en 2004 12,4 milliards deuros de chiffre daffaires, et Lucent 9,44 milliards de dollars (7,89 milliards d"euros) en 2005. Le premier emploie 56 000 salariés, le second 30 200. La nouvelle entité aurait une taille comparable à celle de Cisco et deviendrait ainsi le leader incontestable sur le marché des équipements télécoms. Quant aux synergies, elles sont bien présentes : Lucent apporterait sa forte présence aux Etats-Unis et sa maîtrise de la norme CDMA, Alcatel son expertise du haut-débit filaire et du GSM. Peu de restructurations, du moins en France, seraient donc à craindre. Alors que les rapprochements ont repris dans le monde des télécoms, tant du côté des opérateurs (AT&T/BellSouth) que des équipementiers (Ericsson/Marconi), ce type dopération apparaît en tout cas vital pour les deux entreprises si elles veulent rester en mesure de peser sur le marché. « Le marché mondial des télécoms sest aujourdhui stabilisé à la moitié de ce quil était en 2000 alors que le développement de nouvelles technologies saccélère. Les entreprises doivent donc faire de plus en plus de paris technologiques avec des moyens restreints, et Lucent comme Alcatel ont besoin daccroître leurs ressources pour ne laisser passer aucune opportunité », résume Jean-Charles Doineau. | |||||||||||||||||||
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