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Accueil Forum » Temporaire » Journal » Internet et technologie » Bercy place Microsoft devant le défi « Open Document »
Format propriétaire dominant, ou spécification ouverte et libre de droits ? Ainsi simplifiée, la question résume une lutte planétaire dont les enjeux dépassent de loin des habituelles arguties sur le support des standards. Dans un monde dominé par Microsoft et sa suite bureautique Office, le Référentiel général d’interopérabilité (RGI) proposé par la DGME (Direction générale de la modernisation de l’Etat) en France pose les bases de l’utilisation par les administrations nationales de formats de documents ouverts.
Sur cette question, les ennuis pour Microsoft ont commencé avec l’affaire de l’Etat du Massachussetts, l’an dernier. Celui-ci ayant décidé de promouvoir les formats ouverts pour les échanges entre l’administration et les usagers-citoyens, Microsoft s’était engagé dans une contestation de fond de cette démarche, qui avait débouché sur la démission du responsable informatique Peter Quinn.
OpenXML en voie de standardisation
Pour autant, Microsoft avait alors soumis les spécifications de son propre format OpenXML auprès de l’ECMA (European Computer Manufacturers Association) qui propose une voie rapide de validation des standards pour l’ISO. Open Document, le format défini par l’Oasis pris en charge par la suite libre Open Office, a de son côté déjà été accepté comme standard par l’organisme.
C’est sur ce constat que s’appuie le RGI pour recommander son usage dans les échanges entre administrations, et entre l’Administration et ses usagers. Hérité du CCI (Cadre commun d’interopérabilité) proposé en son temps par l’Adaé, le RGI utilise la définition de standard ouvert inscrite dans la loi sur la confiance dans l’économie numérique.
Celle-ci précise qu’un tel standard doit « avoir des spécifications publiques, sans restriction d’accès et libres de droits et de mise en œuvre, » comme l’explique Thierry Stoehr, qui anime le site Formats-ouverts.org. La DGME a organisé cette semaine une réunion d’information au sujet du RGI, pour informer sur ses objectifs et mettre en place un mécanisme de recueil de commentaires, basé sur un site collaboratif de type wiki.
Pour Microsoft, on s’en doute, le défi est de taille. Avec une part de marché supérieure à 80 % dans les suites bureautiques, Office est désormais son plus beau joyau, et sa solidité repose en grande partie sur le format utilisé. Ses partenaires de l’Afdel (Association française des éditeurs de logiciels) regrettent d’ailleurs le choix d’un site collaboratif pour attirer les commentaires.
« Un tel outil n’apporte aucune garantie de représentativité des intervenants, indique son délégué général Loïc Rivière. Il ne saurait remplacer une consultation des usagers et des partenaires de l’Administration. L’interopérabilité est un sujet majeur, et nous espérons donc qu’une vraie et large consultation sera enfin menée. »
Pour autant, ce choix est apprécié par Jean-François Donikian, directeur associé de Starxpert, une société spécialisée dans les migrations vers Open Office, et par ailleurs membre de l’ODF Alliance. « Un wiki garantit la consultation libre des commentaires, et chaque intervenant est identifié, je ne vois pas le problème. »
Lancée en mars dernier dans la foulée de l’affaire du Massachussetts, l’ODF Alliance regroupe désormais plus de 200 institutions ou acteurs membres, dont quelques poids lourds tels que Sun, bien sûr, IBM, Novell, Oracle ou encore Software AG et Red Hat. Des organismes et sociétés françaises en font partie, telle l’Adullact, qui fédère les projets libres des collectivités territoriales.
L’alliance se lance actuellement dans des efforts de promotion du format Open Document, et prépare des manifestations à Londres et à Bruxelles au début septembre. « L’alliance ODF n’est pas aussi puissante qu’un grand groupe comme Microsoft, explique Eric Mahé, de Sun. Mais nous commençons à avoir des interlocuteurs dans ces instances, et nous sommes de plus en plus consultés. »
L’hétérogénéité est la loi
Quoi qu’il en soit, la mobilisation est à l’ordre du jour à Microsoft, qui met en avant ses efforts de standardisation dans le domaine des services Web, par exemple. « Les notions de standard et d’interopérabilité sont cruciales pour nous, explique Marc Gardette, responsable du groupe des architectes de Microsoft France. Nos clients vivent dans un environnement hétérogène et nous sommes tenus de les aider. »
Sur le plan des formats de documents, outre la soumission d’OpenXML auprès de l’ECMA, l’éditeur s’est engagé à rendre celui-ci libre de droits, et encourage les éditeurs à l’utiliser dans leurs solutions. Parallèlement, Microsoft vient d’annoncer la création d’un « Conseil de l’interopérabilité », dont les premières réunions se tiendront en septembre prochain, à Redmond. L’objectif est de recueillir l’avis de ses grands clients quant à leurs besoins en termes d’interopérabilité.
« Il y a trois dimensions à l’interopérabilité, explique Bernard Ourghanlian, le directeur technique de Microsoft France. La première est technique, à la fois sur le plan spatial, de machine à machine, et sur le plan temporel, pour garantir l’interopérabilité dans la durée. Ensuite, il y a la dimension sémantique, la définition de vocabulaires communs, pour lesquels nous travaillons à la définition de langages spécifiques par domaines. Enfin, il y a la question des processus métier, qui est beaucoup plus vaste. »
Le danger reste cependant entier pour Microsoft, l’idée de l’importance de l’interopérabilité faisant son chemin. « Il y a peu, la motivation pour migrer vers une suite libre et un format ouvert était encore surtout économique, constate Jean-François Donikian. Désormais, la notion de pérennité des fonds documentaires devient prépondérante, en particulier dans les administrations et les grands groupes. » L’ouverture des formats est une condition de l’ouverture du marché en matière de bureautique, et donc d’une concurrence bénéfique aux usagers.
Microsoft fait face au défi « Open Document »
Premier format de document normalisé par l’ISO, Open Document représente une menace sans précédent pour Microsoft, dans un domaine incontesté jusqu’à présent. Le géant n’a donc pas attendu pour prendre des contre-mesures. La première est de mettre en lumière les avantages de son propre format OpenXML, en termes de pérennité, d’ouverture et de support pour des modèles métier, en relation avec les grands progiciels intégrés.
Ensuite, en lançant auprès de l’ECMA (European Computer Manufacturers Association) un processus de standardisation, d’ailleurs dirigé par Jean Paoli, directeur de l’architecture à Microsoft et co-inventeur du langage. Ces travaux devraient normalement déboucher sur une normalisation ISO. La démarche est soutenue par plusieurs grands acteurs tels qu’Apple, Intel ou, encore, BP et la British Library.
Enfin, un « Conseil de l’interopérabilité », annoncé ce mois-ci, va réunir régulièrement un ensemble de grands clients, à la manière de l’approche consultative sur la sécurité mise en place par Microsoft pour résoudre les problèmes dans ce domaine. Plusieurs grands comptes européens, dont la Société Générale en France, vont en faire partie.
Les trois domaines d’interopérabilité du Référentiel général
La sémantique
Ce volet concerne le contenu informationnel et sa compréhension par les différents partenaires. Il s’agit de définir les données et métadonnées, de sélectionner les référentiels et les ressources mis en œuvre par tous, tels que répertoires d’identification, bases de données, nomenclatures et listes de valeurs. L’objectif est de permettre une interprétation homogène des données et une réutilisation de ces données sans erreur.
L’organisationnel
Cet aspect vise à identifier les acteurs et les procédures intervenant dans la fourniture d’un service spécifique d’administration en ligne, lors des échanges entre administrations, ou entre l’administration et les usagers. Le propos est de parvenir à un accord entre ces acteurs et ces processus pour structurer leur interaction. En d’autres termes, il s’agit de définir leurs « interfaces d’entreprise ».
La technique
Ce volet définit les différents formats et normes utilisés par les administrations pour échanger et publier des documents, quelle que soit leur nature : données structurées ou semi-structurées, images fixes ou animées, sons, etc. Ces recommandations concernent les échanges, les administrations restant libres de leurs choix pour leurs besoins internes.
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