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Directeur exécutif de la FSF, Peter Brown s'est donné pour mission de faire comprendre les enjeux de la licence GPL au grand public. ZDNet UK l'a rencontré pour faire le point sur les projets de la Foundation, son fonctionnement, son financement.

ZDNet - Sur quels projets travaillez-vous actuellement pour la Free Software Foundation?Peter Brown - L'un de mes rôles à la FSF est de faire connaître les logiciels libres en dehors de la communauté des hackers, des bidouilleurs informatiques. Le sujet a beau intéresser la presse informatique, nous ne visons pas tant la liberté pour les programmeurs que la liberté pour tous les utilisateurs. Comment faire en sorte que ce message quitte la communauté des hackers pour se propager au monde réel?Lorsque vous parlez aux gens des logiciels libres, ils doivent instinctivement adhérer au principe. Tout comme les personnes disent recycler leurs boîtes de conserve sans pour autant comprendre le processus sous-jacent, il n'est pas nécessaire d'avoir lu la licence GPL ou d'être un programmeur pour comprendre qu'un ordinateur doit être sous votre contrôle.

Le moment est idéal pour promouvoir les logiciels libres, car tous les facteurs favorables sont réunis: le grand public s'aperçoit de plus en plus que certains CD ne seront pas lisibles dans leur lecteur CD ou qu'ils sont illisibles dans leur ordinateur. Et puis il y a la sortie imminente de Windows Vista, qui fait la part belle à la gestion des droits numériques (DRM). Et il est temps de lancer une contre-attaque. La GPL3 est la première offensive dans la lutte contre la DRM.

Lorsque nous sortirons la seconde version de la GPL3 en juin, nous ferons campagne pour mettre fin à la DRM. Nous nous allierons à des fabricants et sensibiliserons les utilisateurs à la question pour qu'ils évitent d'acheter leur matériel auprès de certains fabricants, et pour souligner le fait que si vous téléchargez de la musique, il existe de nombreuses restrictions sur la manière dont vous pouvez l'utiliser. Par exemple, vous ne pourrez pas la partager avec des amis, et le prochain appareil que vous achèterez ne vous permettra pas forcément de lire la musique que vous aurez déjà téléchargée et payée.

Que va impliquer cette campagne contre la DRM?Nous ne l'avons pas encore organisée, mais nous allons faire appel à un professionnel. Une campagne de cette ampleur présente de nombreuses facettes. Il ne s'agit pas directement d'une campagne politique, même s'il existe des législations contestables. Cela concerne avant tout les éditeurs de logiciels et les fabricants de matériel. La vox populi dispose ici d'un réel potentiel pour s'exprimer: boycott de certains appareils, manifs à des endroits précis... les cibles de choix sont nombreuses. Les adeptes des logiciels libres se comptent par dizaines de milliers et joueront un rôle prépondérant dans cette campagne.

Tout l'objet de la campagne sera de souligner trois points importants. Tout d'abord, les développeurs doivent savoir que leur liberté de modifier les logiciels est en jeu à cause de la «tivoïsation»: si vous acquérez un appareil exécutant un logiciel GPL et que vous modifiez ce logiciel, l'appareil ne fonctionnera plus à cause de la DRM. Tivo (l'un des premiers magnétoscopes numériques aux Etats-Unis, Ndlr) en a été le premier exemple.

Ensuite, nous devons avertir la communauté plus vaste des parents qu'ils ne doivent pas laisser les clés de leur maison à des étrangers. À l'avenir, si vous disposez chez vous d'un système audiovisuel, il pourra dire ce que vous êtes en train de regarder et combien de fois vous avez visionné une vidéo. L'infrastructure qui permet cette surveillance est effrayante. Or, les gens ne veulent pas être sous surveillance.

Enfin, nous demanderons aux fabricants d'appareils: «Voulez-vous contrôler votre destinée ou voulez-vous que les fournisseurs de contenu le fassent pour vous?» L'industrie de la musique est minuscule à côté de l'industrie des appareils, mais ce sont les industries de la musique et du cinéma qui contrôlent les fabricants. Or, ces derniers devraient pouvoir contrôler leurs appareils et une communication étroite devrait être établie entre les fabricants et les utilisateurs. Les fabricants voient-ils leur avenir auprès de leurs clients ou de l'industrie de la musique?

Comme vous l'avez mentionné, la prochaine version de la licence GPL est attendue en juin. Y aura-t-il de grands changements?Non. Le rôle de la licence GPL 3 n'était pas d'inciter d'autres développeurs à introduire de grandes modifications; nous voulions simplement trouver les problèmes potentiels vis-à-vis de ce que nous suggérions. Lorsque la licence GPL2 est sortie, Richard Stallman (créateur de la licence et directeur de la FSF, Ndlr) n'a eu qu'à discuter avec quelques contributeurs GNU et c'était tout. Aujourd'hui, le système GNU ne représente qu'une fraction de l'univers des logiciels libres.

Il s'agit d'une communauté immense et il faut que nous sachions pourquoi les gens utilisent la licence GPL. Certains pourraient dire: «La manière dont vous avez rédigé ce texte ne fonctionnera pas pour nous.» Nous voulons éviter ces conséquences involontaires. Nous avons simplement étendu la capacité de la licence GPL; nous ne changeons aucune des promesses qui ont déjà été faites. Les clauses sur la DRM n'ont rien de nouveau: nous sommes toujours déterminés à protéger la liberté.

Linus Torvalds, créateur de Linux et contributeur de son noyau de développement, a confié ne pas apprécier les clauses sur la DRM contenues dans la licence GPL3. Qu'en pensez-vous?Il n'a fait aucun commentaire par la voie officielle, mais nous avons lu son opinion. Les protestations ne nous dérangent pas... cela fait partie du processus. Mais ceux qui pensent que nous allons changer nos principes fondamentaux basés sur la liberté d'acquérir, de modifier et de redistribuer le code source d'un logiciel se trompent. Les clauses sur la DRM protègent précisément l'un de ces principes.
Page 2 - Protéger la liberté des utilisateurs d'ordinateur
Combien de personnes sont employées par la FSF actuellement? Sur quels projets travaillent-elles?Actuellement, il n'y a qu'une dizaine d'employés et moi. Tous sont rémunérés et deux travaillent à temps partiel. La FSF est le principal parrain du projet GNU, si bien qu'il y a de nombreux développeurs à satisfaire. Nous avons deux administrateurs système à temps complet et un autre à temps partiel, et nous avons également un administrateur qui travaille pour GNU Press, qui publie des livres d'informatique.

Nous avons aussi un administrateur des droits d'auteur qui rassemble les documents des développeurs travaillant sur les projets GNU. Les développeurs nous cèdent leurs droits d'auteur et nous nous enregistrons comme l'auteur du travail auprès du bureau américain des droits d'auteur. Il y a également un ingénieur de la conformité GPL, qui dirige une équipe dédiée à la conformité. Il reçoit des rapports sur les problèmes de conformité potentiels avant d'examiner s'il y a eu violation de la licence. Si oui, il écrira à l'entreprise en faute pour lui demander de se conformer.

Le travail que vous faites pour vous assurer que les gens respectent bien la GPL est critiqué. Par exemple, Forbes vous a appelés les «tueurs à gage de Linux». Qu'en pensez-vous?Ce qui est particulièrement ennuyeux à propos de cet article est que nous n'avons rien à voir avec Linux... nous sommes entièrement dédiés à GNU. En outre, il nous faisait passer pour des agressifs, alors qu'en fait, nous voulons simplement que les gens respectent les modalités de la licence. Nous ne leur demandons pas d'indemnités, seulement que nos frais soient remboursés, ce qui ne représente que 200 dollars. Nous n'avons jamais assigné personne en justice.

Avec la loi (américaine, Ndlr) sur les droits d'auteur, il n'y a aucun problème contractuel en jeu: soit vous en acceptez les modalités, soit vous n'utilisez pas les éléments soumis à droits d'auteur. C'est pourquoi nous avons toujours trouvé stupide que des gens s'interrogent sur les chances de la licence GPL face à la justice. C'est seulement la licence qui vous donne des droits; à part cela, le logiciel appartient au détenteur des droits d'auteur. Si vous n'avez pas les droits, votre dossier est vide devant un tribunal.

Dans le procès intenté par Daniel Wallace contre la FSF l'année dernière [où il plaidait que l'exigence de la licence GPL de mettre le code à disposition gratuitement équivalait à un contrôle des prix], le juge a déclaré que la licence GPL «agit comme un moyen permettant de copier, modifier et redistribuer certains logiciels sans violer la protection des droits d'auteur», que la «licence GPL encourage, et non décourage, la libre concurrence» et que «les avantages incluent des prix plus bas, un meilleur accès et une plus grande innovation». Il s'agit d'un juge de la Cour fédérale qui a su déceler en quelques minutes tous les avantages des logiciels libres.

Pour autant, la plupart des autres logiciels libres ou projets open source ne demandent pas aux développeurs de céder leurs droits d'auteur. Pourquoi est-ce si important pour vous?La FSF se targue d'être un projet très prudent, sincère et soucieux d'agir dans la légalité. Nous avons toujours eu conscience du fait que ceux qui ne nous apprécient guère peuvent facilement recourir à la justice en cas de problème. La FSF a toujours pensé qu'il était très important de sécuriser nos ressources (nos droits d'auteur sur le projet GNU). Le rôle premier de la licence GPL est de protéger la liberté des utilisateurs d'ordinateur. Pour cela, nous devons protéger notre rôle; nous sommes les gardiens de cette liberté.

Nul autre projet ne va aussi loin que nous dans la collecte des droits d'auteur. Nombre de distributions laissent les droits d'auteur aux auteurs individuels, mais la plupart d'entre eux n'ont pas le temps, l'envie ou l'argent nécessaire pour traiter les rapports de violation. Nous veillons à l'honnêteté de tous.

Comment est financée la Free Software Foundation?Nous avons quatre ou cinq sources de revenus. La principale est notre programme d'adhésion: il nous a rapporté 250.000 dollars l'année dernière. Nous recevons également des donations (près de 200.000 dollars en 2005). Nous avons aussi un programme d'entreprise et répertorions les principaux donateurs sur notre site, pour que les gens sachent qui a donné à la FSF. Ces entreprises ont versé au moins 2.000 dollars chacune. Enfin, nous faisons également de l'argent en vendant des livres, des t-shirts et d'autres objets.

L'an passé, vous avez déclaré que vous espériez débloquer 500.000 dollars pour promouvoir la licence GPL. Où en êtes-vous?Jusqu'ici, nous avons recueilli 140.000 dollars, mais nous continuons nos efforts en ce sens.

La Free Software Foundation prévoit-elle de se développer dans les années à venir?La FSF ne prévoit pas de croître en taille, car ce que nous faisons, nous le faisons déjà très bien. Nous ne voulons pas nous développer, car nous voulons que les gens soient déjà animés par la passion. Nous ne voulons pas payer pour cette passion.Nous ne cherchons pas à dominer dans ce domaine. Nous sommes très heureux de voir d'autres organisations faire du bon travail et qu'il existe des organismes comme Groklaw et le Software Freedom Law Center. Nous ne voulons pas tout avoir sous notre contrôle.La majeure partie du travail effectué par la FSF n'a rien à voir avec les campagnes; il fournit une infrastructure à la communauté des logiciels libres. Le nombre des contributeurs a véritablement explosé ces trois dernières années, alors il nous fallait une meilleure infrastructure et plus d'employés pour la supporter.

Comment voyez-vous l'avenir du mouvement pour les logiciels libres?Je pense que les logiciels propriétaires sont voués à l'obsolescence; il est impossible de lutter contre la liberté. Aucun éditeur de logiciels propriétaires ne se dit opposé aux logiciels libres pour des questions d'éthique. Que font les employés de Microsoft une fois rentrés chez eux? Ils travaillent sur des logiciels libres. Si vous aimez rédiger du code, alors vous aimez les logiciels libres, car vous pouvez partager votre code avec d'autres personnes. Cela fait tout de suite une communauté qui apprécie l'idée des logiciels libres.

L'autre avantage des logiciels libres est que le code ne disparaîtra jamais. Quelle que soit votre entreprise, si vous devez signer un contrat avec un éditeur de logiciels propriétaires, qu'arrive-t-il si l'éditeur disparaît du jour au lendemain? Vous ne pouvez pas embaucher un autre consultant pour travailler sur le code. À bien des égards, je pense que les logiciels libres domineront le monde.
Pour en savoir plus :Open source: le débat est lancé sur les termes de la licence GPL3Les logiciels libres mieux protégés par la licence GPL3 ?Nouvelle victoire pour le défenseur de la licence GPL Ingrid Marson, CNET News.
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